Exclusif : que vaut vraiment la 4G dans les transports en commun parisiens ?

Nous avons testé la qualité de service 4G sur les 16 lignes de métro et les 5 lignes de RER qui traversent Paris. La campagne a été pilotée par notre partenaire et expert QoSI. Bien que les opérateurs partagent les mêmes antennes, leurs performances montrent de réelles disparités.

La couverture 4G des lignes de métro et de RER passant par Paris est globalement complète. Mais est-ce à dire que la qualité de service est là ? Existe-t-il des disparités entre les transporteurs ?

Pour le savoir, nous avons mené une campagne de test aux heures de pointe. Cela correspond aux moments où les réseaux des opérateurs sont les plus sollicités dans les transports publics. Les tests ont été réalisés par la société QoSi (groupe MOZARK), spécialiste de la mesure des réseaux de télécommunications qui édite notamment l’application 5GMark. Il est également partenaire de référence de l’Arcep. QoSi nous a déjà fourni un baromètre 5G à Paris et dans les grandes villes de France.

Cette fois, l’enquête présentait un défi particulier. « L’idée était de pouvoir appréhender l’expérience de l’usager dans le métro parisien et dans le RER, comme un passager effectuant son trajet de terminus en terminus, à bord d’un train en marche. Chaque déplacement se fait de bout en bout d’une ligne et non dans les gares », précise Ali Boudaoud, directeur des opérations de QoSi.

Bien entendu, le site de cartographie Arcep My Mobile Network est également destiné aux transports et il est possible de visualiser les résultats pour le métro parisien et le RER en matière de voix et SMS, ainsi que d’Internet mobile. Mais il ne fournit pas d’informations de première ligne. Aussi, comme pour la qualité de la connexion Internet, seule la navigation web est testée et uniquement pour un temps de chargement de la page web de cinq secondes.

Notre étude porte sur deux protocoles de mesure : le transfert de données en liaison descendante et la navigation Web avec des temps de chargement de cinq et dix secondes. Elle peut donc apporter un bon complément aux données de l’Arcep.

La 5G a été désactivée sur les smartphones pour refléter spécifiquement le réseau 4G créé par la RATP et la SNCF. Les quatre grands opérateurs Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR ont été testés. Pour plus d’informations sur la méthodologie, voir le bas de l’article.

Vous pouvez retrouver tous les résultats ligne par ligne sur le site de QoSi.

Orange en tête des performances

Les quatre opérateurs mobiles s’appuient sur un réseau d’antennes partagées. Malgré cela, ils n’ont pas atteint les mêmes performances. A voir aussi : Transport. Les bus Stellantis permettent aux employés d’économiser 3 millions d’euros. « Les disparités sont dues aux différences dans les mécanismes de gestion des flux et des congestions mis en place par chacun des opérateurs. Ils démontrent ainsi leur savoir-faire quant à leur capacité à assurer un bon niveau de raccordement à un grand nombre d’usagers simultanément, et ce, à un moment de forte affluence », souligne Ali Boudaoud.

Comme dans nos précédents baromètres, mais aussi dans l’enquête de l’Arcep, Orange arrive en tête des résultats. L’opérateur historique a un débit moyen en liaison descendante de 99 Mbit/s sur toutes les lignes testées. Il est suivi par SFR (83 Mbit/s), puis Bouygues Telecom (73 Mbit/s) et enfin Free Mobile (34 Mbit/s).

Pourtant, si on y regarde de près, Orange se retrouve souvent autour du cou chez SFR. Les deux acteurs attaquent sur les lignes 4 et 12. SFR dépasse également Orange sur les lignes 3, 11, 9, 7 et 7bis. Le débit est moins bon pour Bouygues Telecom et surtout Free Mobile. Cependant, cela reste suffisant pour accéder correctement à Internet. Rappelons que Free Mobile critique le protocole de mesure qui consiste à réaliser des tests de vitesse unifilaire qui sont aussi ceux de l’Arcep. Ceux en multi-threads sont plus favorables à cela.

Les choses sont beaucoup moins contrastées en termes de navigation sur le Web, ce qui est bon pour les quatre opérateurs. SFR se distingue particulièrement à cet égard et affiche également 100% de réussite dans la consultation des pages en moins de 5 secondes sur la ligne 2 du métro.

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Des résultats plutôt bons par rapport à la 4G extérieure

La 4G avec laquelle nous nous sommes connectés dans le métro et le RER a une spécificité par rapport à ce que nous découvrons. La majeure partie est souterraine : c’est ce qu’on appelle l’intérieur profond. Il est également soumis à des sollicitations extrêmes, les lignes parisiennes connaissant un afflux important de voyageurs. La bonne surprise est que les résultats en termes de débit sont plutôt bons malgré ces limitations. Voir l’article : Le transport. Arrêts Téléo et tram, bus déviés, gares fermées… Perturbations estivales à Toulouse. Lors de notre premier baromètre parisien où nous avons comparé la 4G et la 5G en extérieur en septembre 2021, les niveaux se situaient entre 83 et 119 Mbit/s en débits moyens de téléchargement pour les trois premiers opérateurs. Dans les transports que nous avons testés, ils se situent entre 73 et 99 Mbit/s. C’est plus que suffisant pour permettre des utilisations intensives de la bande passante, comme le streaming vidéo.

Quant à la navigation web, la distance est encore plus élargie avec la 4G outdoor car le temps de visionnage est plus long. Selon notre baromètre du mois de novembre 2021 dans les plus grandes villes de France, les quatre opérateurs sont parvenus en moyenne à dépasser les 90% de réussite en chargeant une page web en moins de 5 secondes. Ici, on est plutôt à environ 80%. Les chiffres sont des plus réjouissants sur un critère de charge de 10 secondes avec un taux de réussite supérieur ou égal à 90% pour trois des opérateurs. 10 secondes, cela semble encore assez long aujourd’hui pour un utilisateur. Il est donc fort probable que cela crée de la frustration et que les internautes intolérants à la lenteur se retrouvent dans la situation de rafraîchir plusieurs fois leur page sans succès et avec l’impression que le réseau 4G ne fonctionne pas.

L’affichage des pages web en moins de 10 secondes dans le métro parisien et le RER.

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Un contraste entre le métro et le RER

« Le travail de couverture semble avoir porté ses fruits. Au final, il y a très peu de lignes qui posent problème », résume le responsable des opérations QoSi. Lire aussi : Transports publics paralysés lundi : une ligne de métro en quatre courses à Bruxelles. A ce propos, notons les excellentes performances de certaines lignes de métro, comme la 14, où des records de débit sont battus avec des pointes allant jusqu’à 143 Mbit/s. Trois des opérateurs dépassent les 100 Mbit/s en débit descendant !

C’est également le cas des 1, 2, 4 et 9. Ils bénéficient des dernières technologies et règles d’ingénierie. A noter tout de même que certaines compagnies aériennes autorisent la réception d’antennes externes, ce qui a bien entendu un effet favorable sur les résultats. Enfin, il faut noter que les vitesses sont légèrement inférieures aux lignes 8, 10 et 11, sans toutefois que ces dernières soient complètement indignes.

Mais ce sont surtout les lignes de RER qui semblaient s’éloigner du métro. Le RER A, ligne la plus fréquentée d’Europe, est celle qui offre la meilleure expérience utilisateur. Les quatre opérateurs affichent des débits inférieurs à 50 Mbit/s et le temps de consultation des pages web est beaucoup plus long que partout ailleurs. C’est un peu mieux sur B, C, D et E mais ce n’est pas encore tout à fait convaincant. Là aussi, la présence des compagnies aériennes peut aussi temporairement améliorer la situation.

Il est vrai que les trains circulent plus vite sur le RER et qu’ils transportent plus de monde, ce qui rend la connexion 4G encore plus complexe. Mais ce n’est pas la seule explication. La RATP rappelle que les lignes A et B sont historiquement équipées d’un réseau mobile. Ils reposent donc désormais sur des équipements plus anciens.

Dans les cartes de téléchargement indiquant les limites de débit, la couleur rouge représente les résultats de test inférieurs à 5 Mbps. Les tableaux de bord Web tiennent compte de l’échec du chargement d’une page Web. Cependant, nous avons observé dans les deux cas que certains points rouges sont communs à tous les opérateurs.

« Lorsque les points rouges sont situés à l’identique sur toutes les cartes opérateurs, cela correspond aux emplacements des pannes de connexion probablement liées à des problèmes de couverture », explique Ali Boudaoud. C’est notamment le cas sur la partie sud du RER C ou du RER A au centre de la capitale. Il peut s’agir d’un tunnel où les communications passent difficilement ou encore de gares dont la capacité du réseau est insuffisante par rapport au nombre de passagers. A ce sujet, la RATP nous a indiqué qu’un projet d’amélioration de la vitesse était en cours face à l’augmentation continue de la demande.

Ci-dessous un tableau récapitulant les limites de vitesse de téléchargement par opérateur sur les lignes du RER. On constate, en ligne A, que les tests de débit sont inférieurs à 5 Mbit/s dans 56% des cas avec Free Mobile, 39% avec Bouygues Telecom et SFR et 21% avec Orange. En comparaison sur la ligne 14, cela ne représente que 13 % des cas pour Free Mobile, 15 % pour Bouygues Telecom, 7 % pour SFR et 2,5 % pour Orange.

En conclusion, on peut dire que la situation s’est énormément améliorée ces deux dernières années et que la connectivité 4G dans le métro et le RER permet désormais de réaliser la plupart des usages du web. Le RER peut être comme le site d’amélioration prioritaire. Des travaux supplémentaires seront sans doute nécessaires pour maintenir une qualité de service plus homogène et stable d’un bout à l’autre des lignes.

Il y a parfois de forts contrastes de débit entre les quatre opérateurs et une nette avance d’Orange et SFR. Mais, là aussi, l’expérience 4G reste globalement satisfaisante pour tout le monde. Reste à savoir si la RATP et la SNCF envisagent de passer à la 5G à moyen terme.

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